Instantanées.

par Navo

C’est bateau, c’est classique, c’est répété tout le temps, partout, par tous ceux qui ont cru en eux avant moi.
La force qu’il faut, la détermination, l’inconscience et le courage d’affronter tous ces gens qui n’y croient pas.
Je veux faire des blagues. Je veux être payé pour ça. Je suis marrant. Je suis marrant. Je veux en faire mon métier. Les moments où on regarde ses nouilles chinoises instantanées à 50 centimes se détendre dans l’eau bouillante, où on emprunte de l’argent à son petit frère, où on explique au monsieur du pôle emploi qu’on a toujours rien, où on se laisse payer des verres par des potes. Je te le rendrai au centuple. On répète ça. On y croit.
Parfois, on se couche en se demandant ce qu’on pourrait bien faire d’autre dans la vie. Rien.
C’est tellement classique, tellement bateau, tout ce que je dis.
Les mecs, asseyez-vous.
Ca fait dix minutes qu’il est au téléphone à dire “ok… ok… wouah… ok… non mais là, c’est intérieur, mais j’ai les poils qui se hérissent… ok… je t’envoie ça… ok…”
Lui, c’est mon prod.
Les mecs asseyez-vous.
Quitter son job pour absolument rien, vivre sur un matelas par terre en colocation, attendre pendant des millénaires. Aimer ça. Se dire que ça fait partie du truc.
Répondre “pas grand chose” à sa mère quand elle demande où on en est. Voir dans ses yeux qu’elle n’a aucun doute, qu’elle a confiance, que ça fait des décennies qu’on est un putain de génie pour elle.
Faire des rencontres, des coups de foudre artistiques, des amitiés, se soutenir entre ceux qui ont fait le même pari.
On est assis.
Il annonce la nouvelle. Le genre de nouvelle qui change ta vie entière. Tu vas faire exactement ce que tu veux, être très bien payé pour ça, être reconnu et diffusé à grand échelle. Très grande échelle.
Le soir de la première diffusion, j’essaierai d’être devant ma télé avec un bol de nouilles instantanées.

(Texte écrit en juillet 2011.)

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