Éloge de la prétention.

par Navo

Un jour, vous paierez pour aller le voir.
C’est le genre de phrases que ma mère offrait à mes profs quand ils se plaignaient de mon comportement.
Elle m’a toujours bien fait comprendre que je flottais allègrement au dessus de la masse, que j’étais un génie, que j’allais révolutionner le monde, que tout ce qui sortait de mon cerveau était de l’or pur.
C’était bien fichu, parce que bien dilué dans un tas d’autres trucs, dans un savant mélange de défi et d’admiration. Une espèce d’escaliers sans fin, de cercle vertueux. Des encouragements. Des applaudissements qui ont fini par m’énerver à l’adolescence, tellement je la pensais aveugle d’aimer tout ce que je faisais.
Qu’est-ce que je ferais si j’étais meilleur ?
C’est le genre de réflexions qui me fait avancer aujourd’hui. On est contents du résultat ? Alors faisons mieux et on trouvera ça incroyable. On dormira plus tard.
Et puis, y a “bref.” et plein de gens viennent me dire que je suis bon. Mais dans ma prétention totale, je me dis juste qu’ils s’en sont enfin rendu compte. Ma mère les a tous devancés.
Le jour où ils n’aimeront plus, ils auront juste arrêté de me suivre. Ma valeur ne dépend pas d’eux. Je vivrai avec.
Les gens pensent que je vais commencer à me la raconter. Faux : je vais continuer.
Petit éloge de la prétention. Défendons-la. Je ne parle pas d’être désagréable ou cassant. On peut être extrêmement prétentieux et très gentil et poli. Les plus prétentieux le sont souvent. Ils n’ont pas besoin de répéter qu’ils sont les meilleurs, tout persuadés qu’ils sont déjà de l’être.
Je suis prétentieux. J’ai appris à ne pas le dire. J’ai appris à ne pas confondre ma prétention avec une supériorité aveugle. Il y a plein de gens meilleurs que moi, dans plein de domaines mais c’est une question d’humeur, de mentalité, c’est un mode de vie. Un peu comme ces jours où on se trouve beau et où on marche comme on virevolte dans les rues pour aucune raison. Je suis le meilleur.
Ça ne m’empêche pas d’admirer tout un tas de personnes, d’avoir besoin des gens qui m’entourent, même que je marche parfois avec des gens tout aussi persuadés que moi d’être les meilleurs. Et même qu’on s’entend bien.
Chacun son carburant, le mien c’est ça. Le seul mec meilleur que moi, c’est moi demain.

(Texte écrit en septembre 2011.)

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