Ça sert à rien.

C‘est impossible d’en parler. Impossible de parler d’elle. Il faut la ressentir. J’en sais rien. Je sais pas. Je pourrais te parler mille heures d’un morceau de musique que tu ne saurais toujours pas à quoi il ressemble. Tu en aurais une vague idée. Mais rien qui ne puisse expliquer ce que je ressens.

C’est un truc dans ses yeux, son sourire, son attitude. Des cicatrices qu’elle aurait transformé en coup de pinceaux un peu partout sur son âme. C’est de l’impressionnisme, c’est fractal, plus tu t’approches plus chaque petit point qui compose ce qu’elle est est lui même composé de petits points. C’est infini. C’est un vortex.

Elle se déplace dans ce monde comme une plume dans le vent et, soudain, tu te rends compte que cette plume a des ailes. Et elle rebrousse chemin, elle va là où elle veut, puis elle se laisse de nouveau porter par le monde.

C’est comme si elle était dépassée par elle-même. Elle fait de longs silences pendant lesquels rien ne bouge à part son sourire qui croît doucement, imperceptiblement. Entre l’excuse et l’assomption.

Je sais pas. Comment te dire ?

On dirait qu’il n’y a pas d’autre choix que de l’aimer. Et ça contamine. Plus tu restes auprès d’elle, plus tu veux y rester. Elle est le feu dans l’âtre. Tu tends doucement tes mains pas trop loin d’elle et tout se réchauffe.

Mais ça sert à rien, ce que je fais là. Tu peux pas comprendre. Comment expliquer une évidence ?

Tu sais, quand quelqu’un que tu aimes vraiment marche devant toi ? Tu regardes sa nuque, tu marches, tu marches et puis cette personne se retourne et plonge ses yeux dans les tiens. Tu vois, ce truc ? Cette sensation ? C’est un peu ça. Une connexion, comme deux notes qui s’accordent. Une chaleur diffuse qui part du centre du cœur et qui bat dans tout ton corps en pulsations douces et onctueuses.

Ou, non, attends ! Tu as déjà ressenti cette flaque à l’endroit du cœur, toute bleue et froide ? Quand tu étais petit, par exemple, et que depuis ta chambre, tu entendais ta mère partir, claquer la porte et puis plus un bruit. Tu étais seul dans la maison. Seul au monde. Y a comme un petit creux dans ton torse qui se remplit de bleu, de vert, de glauque, de pétrole. Une faim à l’estomac du cœur. Je sais pas si je suis le seul à ressentir ce truc quand quelqu’un part. Mais bon. Si tu vois de quoi je parle, et bien, elle, c’est le contraire de ça. L’exact opposé.

Ça sert à rien, ce que je fais. Ça sert à rien.

J’ai l’impression d’avoir à peine frôlé le commencement d’une description de ce qu’elle est.

 

Peut-être qu’un jour je deviendrai si bon écrivain que j’arriverai à te la décrire.

 

Mais ça m’étonnerait.

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