140.000 Caractères

Analyse subjective d'une vie ordinaire.

Mois : juillet, 2015

L’Ami.

Jean-Pierre passa la petite porte du cimetière.
Salut Marcel. Alors, qu’est-ce que je t’ai amené aujourd’hui ?
Il prononça cette dernière phrase avec gourmandise. Il fouilla dans le sac plastique.
Ha ! Ça ! C’est bien, ça !
Délicatement, il sortit un emballage de Snickers déchiré et le posa sur la date gravée dans le marbre. Marcel Legrand 19 mars 1925 – 27 avril 2011.
Il continua sa fouille, un léger sourire aux lèvres.
Ça aussi, c’est très bien.
Il déposa un vieux mouchoir en papier près du portrait de son vieil ami.
Tu me manques, tu sais, mon salaud. Tu faisais souvent ta tête de con, mais je pensais pas que tu arrêterais de parler comme ça, pour toujours. Toujours, c’est long. Tiens, prends ça, ça et ça, aussi, ha ha !
Il jeta une bouteille d’eau en plastique écrasée, quelques mégots et une vieille pub Auchan déchirée.
Et encore, moi, c’est rien. Tu verrais ta Jacqueline. Depuis que t’es là, elle est toute perdue. Elle a l’air encore plus petite qu’avant. Elle était déjà pas bien grande. Si ça continue, elle va disparaître.
Il essuya une larme toute petite comme Jacqueline sur sa joue et vérifia sa montre. Il était déjà dix heures.
Bon ! Je me dépêche, mon vieux. Je dois y aller !
Il retourna le sac et les quelques détritus restants dégringolèrent sur la tombe. Il fit une petite boule du sac plastique et la rangea dans sa poche de manteau.
À demain, mon ami !

À onze heures, Jacqueline passa la petite porte du cimetière.
Ha mais c’est pas possible, ce cimetière ! C’est n’importe quoi !
Elle sortit un sac plastique qui était roulé en boule dans sa poche de manteau et ramassa les détritus.
Heureusement que je suis là pour toi.

À demain, mon amour.

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Six Heures Avant Toi.

Il est 6 heures avant toi, ici, à Montréal.
J’ai voyagé dans le temps. Je suis si tôt. Tu es devant. De grandes rues larges qui se croisent, on s’y retrouve au coin. Souvent, je marche tout seul tout droit et si je fais ça éternellement je n’atteins pas de bout. Ça ne s’arrête jamais. Montréal est ronde et plate comme la Terre.
Je marche seul tout droit et je pense à toi de l’autre côté. Si je plisse les yeux, si je regarde bien tout au bout de cette rue infinie, il y a toi en tout petit qui m’attends. Mais pour ça, il faut avoir de bons yeux. Il fait nuit chez toi en plus. Et puis, j’ai pas de bons yeux.

Je crois que j’arriverai jamais à bien décrire Toi. Ça sert à rien. On le sait déjà. Personne comprendra. Moi-même j’ai du mal à expliquer tout ça. Mais en creux, je vois bien comment je t’aime quand tu me manques. C’est bon le manque. C’est comme un silence où tu dis que tu veux réécouter tout ça. C’est une faim. Un rappel de comme c’est bon de te manger.

Montréal n’arrête pas de rire, de rassurer, d’apaiser. Montréal caresse mes pas de son bitume calme, ses bâtiments de briques rouges me croisent lentement. C’est un bon gros monstre gentil qui m’enlace et me réconforte. Il est 6 heures avant toi.

Cachée dans le futur, tu sais déjà qu’il va faire nuit quand je passe sous le Soleil. Tu sais déjà qu’un nouveau jour va venir quand je me perds sous la nuit. Bientôt ce sera la course. J’embrasserai le ciel. Je reviendrai de tout ce tôt qui nous sépare. Au dessus de l’eau je vais accélérer jusqu’à ce que nos petites aiguilles deviennent parallèles.

Et il y aura tes bras.

Il est 6 heures avant tes bras et tout mon monde décalé va se raccrocher comme il faut à Toi. Et peu importe l’heure qu’il sera. Ce sera le bon temps.