L’Ami.

par Navo

Jean-Pierre passa la petite porte du cimetière.
Salut Marcel. Alors, qu’est-ce que je t’ai amené aujourd’hui ?
Il prononça cette dernière phrase avec gourmandise. Il fouilla dans le sac plastique.
Ha ! Ça ! C’est bien, ça !
Délicatement, il sortit un emballage de Snickers déchiré et le posa sur la date gravée dans le marbre. Marcel Legrand 19 mars 1925 – 27 avril 2011.
Il continua sa fouille, un léger sourire aux lèvres.
Ça aussi, c’est très bien.
Il déposa un vieux mouchoir en papier près du portrait de son vieil ami.
Tu me manques, tu sais, mon salaud. Tu faisais souvent ta tête de con, mais je pensais pas que tu arrêterais de parler comme ça, pour toujours. Toujours, c’est long. Tiens, prends ça, ça et ça, aussi, ha ha !
Il jeta une bouteille d’eau en plastique écrasée, quelques mégots et une vieille pub Auchan déchirée.
Et encore, moi, c’est rien. Tu verrais ta Jacqueline. Depuis que t’es là, elle est toute perdue. Elle a l’air encore plus petite qu’avant. Elle était déjà pas bien grande. Si ça continue, elle va disparaître.
Il essuya une larme toute petite comme Jacqueline sur sa joue et vérifia sa montre. Il était déjà dix heures.
Bon ! Je me dépêche, mon vieux. Je dois y aller !
Il retourna le sac et les quelques détritus restants dégringolèrent sur la tombe. Il fit une petite boule du sac plastique et la rangea dans sa poche de manteau.
À demain, mon ami !

À onze heures, Jacqueline passa la petite porte du cimetière.
Ha mais c’est pas possible, ce cimetière ! C’est n’importe quoi !
Elle sortit un sac plastique qui était roulé en boule dans sa poche de manteau et ramassa les détritus.
Heureusement que je suis là pour toi.

À demain, mon amour.

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